Louisa Nadour


فاجعة الضمائر
Conscience du tragique
de Louisa Nadour
accompagné par l'œuvre de Taysir Batniji
dit en arabe par Louisa Nadour
Voix française par Philippe Gaessler
Traduction Kamel Yahiaoui

Un homme, Une œuvre, Les vigiles, à la mémoire de Tahar Djaout


SOLSTICE BARBELÉ

il avait cherché en vain
l’ombre salutaire des figuiers
dans ce désert d’argile sèche
que malaxent les tornades

lorsqu’il arriva à la première oasis
des hommes
mollement étendus sous les palmiers
après s’être désaltérés
lachèrent sur lui leurs chiens

et déchargèrent leurs fusils
et les tripes dans les mains
il est reparti loin
très loin
sous le soleil couchant


Tahar DJAOUT
(Extrait de “ Solstice barbelé ”,
Ed. Naaman, Sherbrooke, Canada, 1975)



LE 15 MARS 1962

(...)

je pense à Feraoun
sourire figé dans la circoncision du soleil

ils ont peur de la vérité
ils ont peur des plumes intègres
ils ont peur des hommes humains
et toi Mouloud tu persistais à parler
de champ de blé pour les fils du pauvre
à parler de pulvériser tous les barbelés
qui lacéraient nos horizons

(...)

un jour enfin Mouloud la bonté triompha
et nous sûmes arborer le trident du soleil
et nous sûmes honorer la mémoire des morts
car
avec
tes mains glaneuses des mystères de l'Aube
et ton visage rêveur de barde invétéré
tu as su exhausser nos vérités
écrites en pans de soleil
sur toutes les poitrines qui s'insurgent


Tahar DJAOUT
(Extrait de “ L'Arche à vau-l'eau ”,
Ed. Saint-Germain-des-Prés, 1978)


SOLEIL BAFOUÉ

(...)

Faut-il avec nos dernières larmes bues
oublier les rêves échafaudés un à un
sur les relais de nos errances
oublier toutes les terres du soleil
où personne n'aurait honte de nommer sa mère
et de chanter sa foi profonde
oublier oh oublier
oublier jusqu'au sourire abyssal de Sénac
Ici où gît le corpoème
foudroyé dans sa marche
vers la vague purificatrice
fermente l'invincible semence
Des appels à l'aurore
grandit dans sa démesure
Sénac tonsure anachronique de prêtre solaire
Le temple
édifié dans la commune passion
du poète
du paria
et de l'homme anuité
réclamant un soleil


Tahar DJAOUT
(Extrait de “ Bouches d'incendies ”, ENAP, 1983)


LE LINGE DE FAMILLE SE LAVE DANS LE SANG


les enfants piétinés

tiges cassées dans un éclaboussement de sève –,
ils ne donneront pas leur blé,
ne goûteront pas au pain de liberté.
ils n’exhiberont pas

seule arme de leur protestation –
leur jeunesse belle d’impertinence
et d’espoirs entêtés.

leur voix avait beau tonner,
jamais elle ne fut écoutée;
on lui tendit non l’oreille mais le fusil,
maintenant,
elle n’est plus que plainte qui balbutie dans la mort.

les autres
les maîtres des chars, des journaux et des haut-parleurs –
enjambent les corps convulsés comme moissons brisée par l’orage.
rentrés chez eux,
ils ne se traiteront pas d’assassins,
ne regretteront pas d’être au monde.
ils rangeront leurs fusils,
sortiront peut-être d’anciennes décorations.
ils ne perdront pas l’appétit.

le jour poussera encore la nuit d’un coup d’épaule décisif,
le soleil noiera d’or les étoiles,
ordonnera d’autres équinoxes,

l’horizon fertile accouchera d’autres mirages,
le bleu du ciel récidivera,
le vent marin décoiffera d’autres têtes où fermente l’aventure,
caressera d’autres mains où les veines se nouent d’impatience.

mais la nuit de l’oubli ne viendra pas.


Tahar DJAOUT
(Extrait de “ Pérennes ”,
Ed. Le temps des Cerises/ Europe-Poésie, Paris, 1996)



RAISON DU CRI


s'il n'y avait ce cri,
en forme de pierre aiguë
et son entêtement à bourgeonner,


s'il n'y avait cette colère,
ses élancements génésiques
et son soc constellant,


s'il n'y avait l'outrage,
ses limaces perforantes
et ses insondables dépotoirs,


l'évocation ne serait plus
qu'une canonnade de nostalgies,
qu'une bouffonnerie gluante,


le pays ne serait plus
qu'un souvenir-compost,
qu'un guet-apens
pour le larmier.


Tahar DJAOUT
(Extrait de “ Pérennes ”,
Ed. Le temps des Cerises/ Europe-Poésie, Paris, 1996)






Le Requiem de l'amoureux - à la mémoire de Mahmoud Darwich


"Requiem de l'amoureux"à la mémoire de Mahmoud Darwich
installation audiovisuelle peinture-sculpture, 58x75x50cm, 2009

extrait du récital poétique de Mahmoud Darwich au Théâtre Antique d’Arles
aux côtés de Didier Sandre (voix française) et des oudistes Wissam et Samir Joubran.

Mémoire en Exil

Les monologues de l'errant
technique mixte sur carte téléphonique (détail), 5,4x8,5cm, 1996


Mémoriel
technique mixte sur grille de chantier, 60x80cm, 2000

Entretien avec la mémoire
technique mixte sur toile, 90x220cm, 2007

Exode des mémoires


installation audiovisuelle peinture, 51x46,5x50cm, 2009